mardi 5 avril 2011
De 1945 à 1981 en quatre périodes.
L’histoire de la fédération CGT des PTT (2e tome) de 1945 à 1981 est écrite par l’Institut d’Histoire Sociale de la Fédération CGT Fapt.
Ce livre, expose les grands événements historiques PTT, du syndicalisme, de la fédération et leur enchainement dans l’environnement national et international.
En 1967 a été publié le premier tome de l’Histoire de la Fédération cgt des PTT de 1672 à 1946 .
Il est l’œuvre de Georges Frischmann alors secrétaire Général de la fédération.
Le 2e tome est un outil pour les lectrices et les lecteurs du présent et du futur. les PTT d’hier, administration d’état ayant un personnel fonctionnaire, n’existent plus.
Il est consacré à la l’époque qui va de 1945-1981.
1945 c’est la fin de la guerre, 1981, c’est l’arrivée de la gauche au pouvoir.
35 ans d’histoire, traversée par la guerre froide, la fin de l’empire colonial et l’émancipation des peuples colonisés, « l’âge d’or » caractérisé par l’état interventionniste et « les 30 glorieuses », image de l’économiste Jean Fourastié pour caractériser l’évolution de la société française de 1946 à 1975.
« 30 années représentatives du boum économique, de l’emploi, du progrès, d’une « certaine insouciance »…
Mais Glorieuses comment pour qui et à quel prix ?

Le livre est divisé en quatre périodes, en tenant compte des nœuds historiques qui ont eu des répercussions sur le devenir des PTT et de ses salariés :
Troisième période
Quatrième période
La première période 1945 –1953, dure huit ans.
Elle est marqué par la fin de la guerre,
deux gouvernements présidé par le du Général de Gaulle,
son départ,
l’adoption difficile de la constitution ,
de la 4e République,
les tensions extrêmes de la guerre froide,
les dangers de guerre atomique,
la bataille pour la paix,
le début des guerres coloniales.
C’est la période de l’après guerre, l’engagement dans la bataille de la production pour le redressement du pays mais aussi dès 1946 les prémices de la division dans la CGT.
C’est le retour au grand jour des puissances économiques et financières privées et l’allégeance de plus en plus grande du gouvernement français aux Etats-Unis.
Aux PTT, cette période est marqué par :
les grèves de 1946, 1947, 1948, 1953,
la bataille pour les salaires,
la question de l’unité syndicale,
l’élaboration et la mise en place du statut de la fonction publique,
le reclassement des fonctionnaires,
la scission de la CGT, le départ de Fernand Piccot, secrétaire général de la Fédération depuis le congrés de Limoges en 1945, remplacé à ce poste par Georges Frischmann.
Durant cette période 6 ministres ou faisant fonction se succèdent aux PTT dans 8 Gouvernements triparti, dit « 3ème force », et de droite.
Les accords du Perreux du 17 Avril 1943 (élaborés par les dirigeants de la CGT dans la clandestinité) sont abordés.
Ils ont eu dans l’histoire syndicale des PTT d’après la guerre des conséquences singulières !
Le congrès de réunification de la Fédération à Limoges en Septembre 1945, ne peut-être compris qu’à partir de cet événement.
Ce congrès sera une véritable révolution !
Pour la première fois dans l’histoire du syndicalisme PTT la tendance unitaire [1] devient majoritaire et la tendance confédérée minoritaire.
Mais dès la dernière journée du congrès les confédérés vont mener une bataille de harcèlement contre la direction de la fédération, et faire de la cgt dans les PTT un « champ d’expérience » pour la scission [2].
Elle conduira à la grève du 30 juillet au 4 Août 1946 dont l’étude à bénéficié ici de l’apport de l’historien américain Irwin M Wall, qui à exploré les archives de l’ambassade américaine.
Cette grève qui dès le 31 Juillet prendra un caractère anti direction fédérale et politique aura des répercussions dans la CGT au-delà de la fédération des PTT.
Elle sera la première action nationale qui mettra au jour les divergences entre les deux tendances dans la CGT et le comportement « partidaire » [3] du syndicalisme.
A partir de cette situation on comprendra les difficultés que va rencontrer « la fédération des travailleurs des PTT CGT » pour gagner des revendications.
Si d’après de Gaulle tout va bien dans les PTT [4] nous remarquerons que le fait d’être une administration d’Etat, leur situation est examinée uniquement lors de la discussion budgétaire, donc déconnectée de celles de l’ensemble des services publics à caractère industriel et commercial.
Ce qui est de mauvaise-augure pour l’obtention des crédits d’investissement…
Et ce qui devait arriver arriva !, les PTT ne bénéficieront pas des crédits du plan Jean Monnet, comme ils ne « bénéficieront » pas des crédits du plan Marschall.
Pourtant tout le monde s’accorde pour constater que « notre réseau national retarde de façon considérable et que les moyens mis en œuvre pour le relever sont dérisoires ».

Peut-on émettre l’hypothèse que les Etats-Unis en 1945 ne voyaient pas cela d’un mauvais œil quand on connaît l’avidité de leur industrie du téléphone toujours prête à étendre ses tentacules dans le monde [5]
Elle pensait peut-être que faute de crédits nationaux elle pourrait reconstruire à son compte le réseau téléphonique français, et jouir de son exploitation ; ce qu’elle avait essayée d’obtenir au début des années 1930…
Si elle avait échoué en France, elle avait gagné en Espagne ! Le rapport des forces après la guerre ne l’a pas permis, mais pendant des décennies l’emprise de l’industrie du téléphone des Etats–Unis est restée forte et à couté chère aux PTT .
Les grévistes de 1974 ne scandaient- ils pas « ITT [6], Thomson n’auront pas le téléphone ».
Le manque flagrant de crédits dans une administration d’état reconnue à caractère industriel et commercial depuis le vote de la loi sur le budget annexe de 1923 [7]et ayant des prérogatives similaires dans son domaine à celles des services publics tels que EDF-GDF, la SNCF sera tout au long de l’époque couverte par ce livre dénoncé par la fédération.
La Fédération fera aussi des propositions constructives, argumentées pour remédier à cette carence et impulsera des actions. Des résultats seront obtenus, notamment dans les années 1970 qui sont relatés dans les autres parties de "L’histoire de la fédération CGT des PTT".
Bien sur pour en savoir plus, le meilleur moyen est de commander le livre
[1] Le terme unitaire caractérise la tendance de la CGT qui était minoritaire avant la guerre (cgtu) et deviendra majoritaire après la guerre et le terme confédéré caractérise la tendance qui était majoritaire avant la guerre et qui sera minoritaire après la guerre.
[2] Voir « les fonctionnaires sujets ou citoyens »tome1, pages 358 et 364. Editions sociales
[3] Qui n’est pas partisan. ! Employé pour caractériser les rapports entre les partis politiques et le syndicalisme, notamment entre la section française de l’internationale ouvrière (SFIO) et les confédérés d’une part, le parti communiste français (PCF) et les unitaires d’autre part.
[4] voir « Mémoires de guerre. Le salut, 1944-1946 » tome 3 page 124. Plon éditeur, ou il se félicite que le Ministre des PTT. « le sage Augustin Laurent [qui] remet en état les postes, les télégraphes, les téléphones, ravagés par la bataille »
[5] voir « la crise du téléphone et les appétits de l’industrie américain : 1919-1940. Colloque de la FNARH octobre 2007 à Strasbourg. Le Relais no 37 Mars 2008.
[6] Multinationale de télécommunications américaine implantée en France.
[7] A Sautel membre de la commission exécutive fédérale soulignera lors de la conférence des Télécommunications du 27 Avril 1946 au ministère de l’armement que « les administrations d’état[…]se sont organisées de façon strictement administrative, ignorant bien souvent les considérations industrielles et commerciales » et suggérera pour tenir compte de l’évolution considérable des télécommunications « de leurs assurer une certaine autonomie ». Il propose de donner aux PTT « une structure d’une entreprise nationalisée à budget autonome soumis au contrôle parlementaire »