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Cadres dirigeants et stratégiques de La Poste : ne jouez pas aux apprentis sorciers !

mardi 16 septembre 2008

Les principaux managers de La Poste ont été très surpris de lire, deux jours après une réunion de direction qui n’aura même pas effleuré le sujet, l’article du Monde qui donnait l’information du projet de privatisation de La Poste. Même s’il est difficile de croire que le Président de La Poste a, de sa propre initiative, annoncé le projet de privatisation de La Poste, le pouvoir politique a ensuite feint d’être saisi par le Président de La Poste.

Cadres dirigeants et stratégiques de La Poste : ne jouez pas aux apprentis sorciers !

Lors du précédent changement de statut de La Poste en 1991, qui l’avait vu passer du statut d’administration à celui d’EADP (Etablissement Autonome de Droit Public), les cadres supérieurs avaient été invités à organiser des débats dans toute l’administration (le « fameux » « Débat public ») et à remonter les critiques et propositions du personnel à celui qui avait été désigné pour l’organiser, Hubert Prévôt. En aucun cas, il ne leur avait alors été demandé de s’engager individuellement pour convaincre leurs collaborateurs des bienfaits de l’évolution du statut de La Poste. Et c’est normal, l’évolution du statut d’une entreprise publique est un choix politique, un choix de société. Il doit donc être proposé par le pouvoir politique en place et pris, ou pas, au final, par le Parlement après une large concertation (la CGT propose un débat public). En effet, les postières et les postiers ne sont pas plus propriétaires de La Poste que le reste des citoyens, pas plus que Jean-Paul Bailly d’ailleurs. Via l’Etat, actionnaire à 100%, le service public de La Poste appartient à tous les citoyens. Ce sont eux qui l’ont construite, qui l’ont financée par leur consommation. La Poste est bien la propriété collective de la Nation. Cela paraît simple et logique, mais le Président de La Poste en fait fi.

Jeu de dupes

Les principaux managers de La Poste ont été très surpris de lire, deux jours après une réunion de direction qui n’aura même pas effleuré le sujet, l’article du Monde qui donnait l’information du projet de privatisation de La Poste. Même s’il est difficile de croire que le Président de La Poste a, de sa propre initiative, annoncé le projet de privatisation de La Poste, le pouvoir politique a ensuite feint d’être saisi par le Président de La Poste. « Non, il ne s’agit pas de privatisation », clame notre Président à droite et à gauche. Difficile à croire ! Même les supports de la droite libérale favorables au projet, comme Le Figaro par exemple, titrent leurs papiers sur « le projet de privatisation de La Poste ». La Poste est l’un des derniers services publics en France, les journalistes ont su tirer les leçons du passé : France Télécom, EDF, Gaz de France,...A l’époque, les discours étaient déjà les mêmes : « ce n’est pas une privatisation », « l’Etat de toutes façons restera toujours majoritaire », etc. On a vu ce qu’il est advenu de ces affirmations péremptoires. Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent… Alors, avant de foncer tête baissée dans le sillage du Président de La Poste, méfiance ! « Il n’y a plus que la France et le Luxembourg à ne pas avoir ouvert le capital de leurs postes », justifie le Président de La Poste en guise d’argument. Mais La Poste américaine au pays de l’ultra libéralisme est bien toujours à 100% publique ! Elle est même toujours propriétaire des boîtes aux lettres des citoyens américains, aucun autre opérateur postal n’ayant le droit d’y glisser une lettre…

Le gouvernement déclare être « dans un processus d’écoute du projet Bailly ». Aucune décision politique n’est donc officiellement arrêtée !

Lors de la rencontre avec la CGT du 8 septembre, le gouvernement a dit s’engager dans un processus d’écoute sur le « Projet Bailly » et qu’aucun calendrier n’était arrêté. Le gouvernement se veut prudent sur ce dossier aussi sensible. C’est la démonstration que le gouvernement est obligé de tenir compte de l’attachement des usagers et des postiers au Service public de La Poste. C’est ce que confirme les 107 000 signatures recueillies sur la pétition nationale CGT durant les deux mois de la période estivale.

A l’heure où se prépare le succès de la journée nationale unitaire (CGT, SUD, CFDT, FO, CFTC) de grève et de manifestation du 23 septembre dans les services de La Poste, à l’heure où la CGT invite l’ensemble des acteurs, usagers, élus, partis politiques, à amplifier leur mobilisation pour empêcher ce mauvais coup en participant aux initiatives du 23 septembre et en signant la pétition CGT, le gouvernement doit entendre l’opposition unanime des organisations syndicales à la privatisation de La Poste. Tous les partis de gauche ont pris position contre le « projet Bailly » :PS, MRG, PC, NPA, etc. Et certains élus de droite commencent dans nos provinces à faire entendre leurs voix critiques. Voilà qui interpelle, non ?

Ne soyez pas les dindons de la farce ! L’histoire nous enseigne aussi que, quelles que soient leurs qualités et leur travail passé au sein de l’entreprise, à chaque privatisation d’un service public, les principaux managers, après avoir fait le « sale boulot » de convaincre leurs collaborateurs de son bien fondé, finissent par mordre la poussière, ayant le choix entre la sortie de l’entreprise, plus ou moins sévère si l’on est fonctionnaire ou pas, ou le placard jusqu’à la retraite. Après la privatisation, il n’y aura pas beaucoup de survivants au Comité Exécutif d’abord, au Comité du Management ensuite. En effet, les nouveaux venus au capital de La Poste vont vouloir d’autres personnes pour diriger l’entreprise. Plus besoin de champions « organisation et méthode », de défenseurs des « valeurs du service public » mais plutôt, et très vite, de nouveaux cadres formés à la vente et à la finance, à la rentabilité financière 100% et surtout sans états d’âme. Car, il va falloir rentrer du résultat pour rentabiliser l’investissement des nouveaux venus au capital de La Poste. Regardez ce qui s’est passé chez nos cousins de France Télécom : le corps des ingénieurs ? Au tapis en peu de temps. Quant aux autres cadres de la maison, après les avoir stressés au maximum pour les dégoûter de rester, on les a poussés dehors en pré-retraite parfois avant 55 ans. Comme chez France Télécom ces dernières années, tous les services de La Poste qui ne sont pas assez rentables du point de vue financier seront amenés à disparaître. Ce qui remettra rapidement en cause le droit à la communication pour tous, un droit déjà bien ébréché, l’égalité d’accès aux services, la péréquation tarifaire, etc. L’emploi sera encore plus pressuré car quand il représente près de 70% des charges annuelles de La Poste (17% à France Télécom aujourd’hui contre 28% en 1997, date de sa privatisation). On voit tout de suite où et comment les nouveaux entrants chercheront à améliorer leurs marges. Quand les lampions seront éteints, il y a de fortes chances que peu d’entre nous passeront entre les mailles du filet de la « révolution culturelle » qui suivra l’ouverture du capital.

La CGT n’est pas pour le statu quo, d’autres voies sont possibles ! Il est beaucoup plus motivant et valorisant de mettre ses qualités et ses forces au service du développement du service public et de la Nation plutôt qu’au seul niveau de bénéfice de l’actionnaire ! D’autres pistes que la privatisation sont possibles, qui préservent en même temps le service public et l’emploi. Et cela constitue un challenge d’un tout autre niveau ! La CGT propose l’organisation d’un débat public national sur les enjeux du service public postal, moderne et rénové. La solution préconisée par les ultra libéraux est toujours la même : remise en cause de tous les acquis sociaux pour satisfaire leur théorie d’un autre âge : tous sur la même ligne de départ et que les meilleurs gagnent. Les autres, on leur fera la « charity » comme aux Etats-Unis. En France, on a notre originalité, avec notre culture, au sein d’une société équilibrée où chacun aspire à vivre correctement sans avoir besoin de faire l’aumône ou de travailler plus. Une vie digne, quoi. En protégeant le service public de La Poste face aux attaques essentiellement idéologiques des ultras libéraux, vous participerez à la défense du droit à la communication pour tous, à l’emploi d’aujourd’hui et de demain, dans une France que l’on veut républicaine et laïque, libre, fraternelle et solidaire. Et puis, l’histoire de ces vingt dernières années en France, quelque part nous prévient : ne soyez pas dupes !


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