mardi 30 mars 2010
Les urgentistes du réseau de France Télécom / Orange veillent en permanence au bon fonctionnement des réseaux. A partir de leurs multiples écrans (de 4 à 8 + parfois un mur d’image), les superviseurs analysent les alarmes, puis font intervenir, si besoin, les équipes de terrain ou transfèrent le dérangement aux équipes spécialisées et expertes, les « niveaux 2 »
Ils sont ainsi environ 350 agents et 140 sous traitants, des hommes et des femmes à travailler jours et nuits, dimanche et jours fériés (365 jours par an 24 heures sur 24) par cycles pour assurer et garantir aux clients un fonctionnement optimal de tous les réseaux de France Télécom / Orange. Ils sont également environ 400 agents à travailler dans ces services de supervision, par cycles et en horaires décalés, du lundi au samedi, sur des plages horaires allant parfois de 6h à 23 heures.
Ces personnels supervisent les réseaux de téléphonie classique, le réseau Internet, les mobiles, les transmissions des données, les réseaux internationaux. Ils sont spécialisés par domaine technique et basés aux quatre coins de la France, de Rennes à Lyon, de Toulouse à Mulhouse, à Nantes, Paris, Ivry, Bagnolet.
Depuis une vingtaine d’années, l’entreprise France Télécom s’est considérablement réorganisée, supprimant par la même occasion 60 000 emplois. Les services des domaines techniques ont été frappés massivement par ces suppressions d’emploi et la CGT estime que 4 emplois sur 5 ont été supprimés dans les métiers de la supervision.
La direction a mis en place l’« usine » Réseau dans les différents services de supervision. C’est une machine à faire des gains de productivité sur le dos des clients et des salariés : Réorganisations successives avec mobilité, polyvalence, suppressions d’emplois, robotisation des agents, banalisation du travail au-delà de 18 heures, de nuit, du samedi et du dimanche ont fortement dégradé les conditions de travail des services de ces urgentistes.
Un incident sur le réseau (et cela ne manque pas) ou des situations exceptionnelles comme par exemple la tempête « Xynthia » du 28 février et c’est l’encombrement rapide de la gestion, l’analyse des alarmes et des interventions. Le délai de rétablissement des équipements se retrouve augmenté, impactant l’utilisation des moyens de communication : téléphone, mobiles, internet des clients mais aussi des services prioritaires comme les pompiers, les hôpitaux ou les armées.
La multiplication des travaux programmés de nuit et de week-end décidée par France Télécom intensifie encore l’activité des superviseurs. France Télécom agit aussi et mène « la chasse aux temps morts » entre 0h et 4h00. Le travail de nuit, les horaires cycliques, les repas décalés, les problèmes de sommeil, les perturbations de la vie sociale et familiales associées aux difficultés professionnelles pèsent énormément sur la santé des salariés dont certains, après plus de vingt ans d’activité se disent usés physiquement et mentalement. Cette pénibilité du travail n’est absolument pas prise en compte par France Télécom, à l’inverse d’autres entreprises. Des décisions doivent être prises aujourd’hui pour reconnaitre cette pénibilité et notamment des réductions du temps de travail et des départs en retraite anticipés
Ces dernières années, la charge de travail et la responsabilité des agents ont explosé avec un effectif toujours sacrifié sur l’autel de la bourse. L’entreprise demande aux superviseurs d’être de plus en plus réactifs sur les réseaux et les services stratégiques importants et complexes. Et tout ceci sans véritable reconnaissance des compétences. L’activité sur des réseaux de plus en plus sophistiqués est aujourd’hui réalisée sans une réelle formation et avec des outils parfois inadaptés. Chaque réorganisation est l’occasion d’accroitre encore plus la productivité des équipes au mépris de la santé et des conditions de travail des salariés. Fatigue et stress sont aujourd’hui monnaie courante dans ces services qui imposent des contraintes fortes sur la vie familiale et sociale des salariés Pourtant les annonces d’une « vraie volonté de changement » et les déclarations d’intention pour 2010 se succèdent à la direction du groupe France Télécom, mais dans les unités et les services, le personnel ne voit toujours rien venir.
Les superviseurs du réseau de France Télécom, n’en pouvant plus de voir ainsi leurs conditions de vie et de travail continuer à se dégrader, agissaient depuis le 6 février, à l’initiative de la CGT, par la grève des samedis. Ils étaient très massivement en grève tous les samedis et revendiquaient des emplois supplémentaires, une indemnité mensuelle pour ces services d’urgence, la revalorisation de la prime de nuit (actuellement à 152 € par mois), la revalorisation de l’heure de nuit (actuellement à 1 euro), des promotions, un véritable plan de formation, un départ anticipé à la retraite à 55 ans, le passage à 30 heures hebdomadaires pour les équipes de nuit…etc. Sous la pression des superviseurs, deux séances de négociations se sont déroulées les 11 et 18 mars. Des premières avancées ont été obtenues mais restaient, pour la CGT, insuffisantes. Suite à de nouveau préavis nationaux CGT pour les mardi 23 mars et samedi 27 mars, la direction a enfin lâché sur les points bloquants. La CGT a donc signé le protocole de fin de conflit mettant ainsi fin à grève des superviseurs.
Cela est la preuve que la crise n’est qu’un prétexte et que, partout où les salariés luttent, les directions sont obligées de répondre positivement aux revendications des salariés.
Avancées obtenues dans le conflit
1. La prime CPEP 90 (24h/7j) est revalorisée de 152 à 250 € bruts mensuels. 2. Les salariés à temps partiel, bénéficiaires de la prime CPEP 90 (24h/7j) qui effectuent le même nombre d’heures de nuit que leurs collègues à temps plein perçoivent l’intégralité de la prime. 3. Pour les agents fonctionnaires, le plafonnement à l’indice 390 brut au maximum pour les heures effectuées le dimanche est supprimé. 4. La majoration pour travail régulier de nuit est portée à 18% du taux horaire de l’intéressé quel que soit son statut (agents contractuels & agents fonctionnaires). 5. Le niveau cible du métier superviseur est II.3/D ou équivalent en grade de reclassement. Chaque Direction s’engage à lancer le plan de promotion des superviseurs. Ces promotions seront « hors quota ». Pour les nouveaux entrants sur le métier de superviseur, la promotion sera organisée dans les 8 mois au plus tard suivant leur prise poste dans le respect du cadre réglementaire. 6. Chaque division élaborera un plan de formation spécifique pour les superviseurs débutants et un plan de formation continue pour les superviseurs en poste. Les premiers programmes seront conçus d’ici fin mai, le reste finalisé avant la fin du 1er semestre. 7. Un ticket restaurant est accordé par jour pour les vacations en horaires tardifs, de nuit et le week-end lorsqu’il n’y a pas de restauration collective près du lieu du travail. 8. Une retenue de 1/30ème sur le salaire sera effectuée en cas de grève pour la totalité de la vacation de nuit des agents fonctionnaires et non plus 2/30ème 9. Des réunions régulières seront organisées pour faire le point sur la pénibilité en prenant en compte les négociations en cours à France Télécom sur les conditions de travail et hors France Télécom sur les retraites. 10. Chaque entité comblera les postes vacants et communiquera ses postes ouverts aux organisations syndicales et les publiera sous performance mobilité interne. 11. Un dispositif de sortie du métier permettant au salarié de ne pas voir ses revenus diminuer brusquement est mis en place. Sous réserve d’une durée minimum d’ancienneté de 3 ans sur le poste, la sortie de ce poste s’effectue en : intégrant dans son salaire mensuel 40% de l’indemnité de sujétion 24h/7j, (soit 40 % x 250 = 100 € par mois au 1er janvier 2010). Ce montant est intégré dans le salaire de base pour les salariés de droit privé ou dans le complément France Télécom pour les agents fonctionnaires. rachetant le solde, à hauteur de 24 mois (soit 60 % x 250 x 24 = 3600 €). 12. Les dispositions sont à effet rétroactif au 01 janvier 2010 pour toutes les mesures indemnitaires. 13. Prime de 1000 € pour les Horaires Élargis. 14. Indexation de la prime CPEP90. Une réunion sera organisée tous les 3 ans avec les organisations syndicales.
C’est une grande victoire pour les salariés et la CGT qui ont prouvé que, unis, nous étions plus forts et que nous pouvions gagner !
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