vendredi 19 mars 2010
C’est avec beaucoup d’intérêt que nous participons aujourd’hui à l’audition au parlement européen sur la 3è directive de libéralisation totale du courrier.
Nous sommes en accord avec la proposition de l’UNI sur un moratoire dans les différents pays sur le sujet, à l’appui de l’étude très appréciée qu’elle a réalisé et qui a mis en lumière les conséquences désastreuses de la libéralisation des services postaux en Europe : dumping social, dégradations des conditions de vie et de travail des salariés, course à la surenchère avec une recrudescence des salaires de misère.
Nous avons pu noter, pour ne citer que 2 exemples, les pressions exercées dans le secteur du courrier en Allemagne pour mettre fin (à peine avait-il été mis en place), au salaire minimum des postiers et l’instauration du salaire à la pièce au Pays-Bas, démantelant les garanties collectives salariales….
En France, les opérateurs du courrier voudraient profiter de la libéralisation totale pour mettre en place une nouvelle Convention Collective bas de gamme ce que la CGT combat.
Et si la libéralisation totale du courrier est actée par le gouvernement français, rien n’est assuré quant au financement futur du service universel qui, en France, assure la distribution du courrier 6 jours sur 7 et garantit, de ce fait, la distribution du service public de la presse sur l’ensemble du territoire, quotidiennement, ce que La poste est la seule à assumer et qui préserve le droit pour tous à la presse d’opinion indépendante.
Notre gouvernement chiffre le coût du service universel à 1 milliard d’€uros par an, mais quand on sait que ce chiffre a été calculé sur la moyenne des opérateurs postaux européens, cela est loin de faire le compte, et il est fortement à craindre que le périmètre du service universel actuel soit remis en cause avec des conséquences dramatiques sur l’emploi au courrier, sur la péréquation tarifaire et sur la qualité du service et l’égalité de traitement des usagers sur l’ensemble du territoire, d’autant que dans le contexte de crise économique profonde que nous traversons, le courrier est particulièrement impacté (85% de son chiffre d’affaires étant lié à l’activité des entreprises).
C’est pourquoi, il apparaît indispensable, dans la situation actuelle des postes européennes, de mettre un coup d’arrêt à cette libéralisation totale unilatérale du courrier qui ne vise que la rentabilité financière maximale, au détriment de l’intérêt général.
Nous avons entendu avec satisfaction le rejet de cette directive postale en Norvège, ainsi que le refus de la dérèglementation de La Poste au Canada.
En Angleterre, la Privatisation a été stoppée ainsi qu’au Maroc avec des acquis conséquents pour les salariés et même au Japon au vu de la controverse que le projet de Privatisation a soulevé dans le pays celle –ci a été stoppée net et le patron de la Poste Japonaise a été démis de ses fonctions en raison de son hostilité à l’arrêt de la privatisation
Ces changements radicaux de comportements devraient nous interroger. Ces pays qui avaient fait le choix du libéralisme ont fait marche arrière, tirant les leçons de la crise et de ses conséquences économiques et sociales dramatiques induites par le choix idéologique du libre marché.
Deux conceptions de la société se sont affrontées et c’est bien celle d’un Service Public qui se doit de répondre aux besoins de la population qui l’a emporté.
Nous nous félicitons de la campagne de l’UNI ; les initiatives qu’elle propose permettent de progresser vers un syndicalisme de luttes, de propositions et d’actions qui ouvre des perspectives.
C’est un point d’appui considérable pour nous en France pour poursuivre notre bataille contre la privatisation de La Poste et pour un Service Public moderne, rénové et efficace répondant à l’intérêt général.
Si la poste française est devenue une SA le 1er mars, le gouvernement et la direction de La Poste auraient tort de considérer que le dossier est réglé.
20 mois de luttes unitaires et diversifiées des postiers et les multiples actions des usagers, des élus locaux ont fait grandir l’exigence d’un service public postal qui réponde aux attentes de la population, ainsi que l’exigence de démocratie pour l’organisation d’un référendum.
La mobilisation des postiers, des usagers, des élus se poursuit. En témoignent les nombreuses luttes locales qui se multiplient ces dernières semaines, en particulier dans le secteur du courrier contre les réorganisations à répétition qui ne visent qu’à supprimer des emplois à amoindrir la qualité de service et à dégrader les conditions de vie et de travail des postiers.
C’est pourquoi la CGT sera partie prenante de l’initiative proposé par l’UNI les 13avril et 14avril avec participation à la manifestation le 14 et prépare l’action interprofessionnelle en France le 23 MARS prochain.