Centenaire de la Fédération

Le 27 avril 1909 paraissait le 1er communiqué intitulé:
_ « Fédération Nationale des PTT ».

_ Ainsi nait la 1ère fédération des PTT en pleine lutte pour la satisfaction des revendications, contre la répression et pour une bonne gestion du service public PTT.
_ Autant de valeurs qui seront les valeurs du combat permanent de la CGT et de notre fédération.

_ Certes cette première expérience pour fédérer ne survivra pas aux luttes intestines et prendra fin en 1916 pour ressurgir à tout jamais en 1919.

_ C’est lors du 1er congrès, les 28-30 août 1919 que sera publier l’acte de naissance de l’actuelle fédération.
_ Les statuts qui y sont adoptés à l’unanimité stipulent à l’article 3 « la fédération est adhérente à la confédération générale du travail et à la fédération internationale des PTT ».

_ Plutôt que d’engager un long débat pour savoir s’il faut fêter le centenaire de la fédération ou les quatre vingt dix ans de la CGT-FAPT.
Je vous propose de fêter les deux.
_ Par cet acte nous voulons célébrer le centenaire de 1909, et ainsi nous voulons répondre aux craintes qu’exprimaient notre regretté camarade Georges Frischmann en 1999 en indiquant qu’ « Il serait injuste d’oublier qu’une première expérience fédérale l’avait précédée de 1909 à 1916 » .

_ Et nous voulons célébrer à la hauteur de l’événement ce moment historique. Car comme Georges l’a écrit dans le livre l’histoire de la Fédération : « Jamais la jeunesse d’aujourd’hui ne rendra assez hommage à ces hommes qui sont restés debout sous le feu de l’ennemi de classe ; à ces hommes « en jaquette, en tunique ou en bourgeron », comme le dépeint un gréviste parlant de l’agent, du facteur et de l’ouvrier, qui oublient soudain ce qui les sépare, et qui se constituent en front commun ! »

Oui nous en sommes les héritiers.
_ Les héritiers de ces femmes et de ces hommes qui au prix de perdre leur travail et pour certains au péril de leur vie ont jeté les fondations de notre fédération.
_ Oui aujourd’hui nous rendons hommage à toutes ces femmes et tous ces hommes qui tout au long ont été les victimes de la répression patronale et gouvernementale, qui ont été emprisonnés ou révoqués tout au long de ce siècle.

– Hommage au 840 révoqués de 1909
– Hommage à Henri Gourdeaux révoqué en 1925 et emprisonné en 1939 avec Martial Redon et Emmanuel Fleury et bien d’autres camarades, dans le cadre de la lutte contre la guerre.
– Hommage aux 3300 révoqués de la grève de novembre 1938.
– Hommage à toutes celles et ceux qui sont rentrés en résistance contre l’occupation nazie, à Jean Grandel ancien secrétaire général fusillé à Châteaubriand.
– Hommage à Georges Frishmann ancien secrétaire général de la fédération et René Duhamel révoqués pendant 30 ans pour la lutte contre la guerre froide, contre le réarmement de l’Allemagne et la bombe atomique.
– Hommage aussi à toutes celles et à tous ceux qui par leur lutte opiniâtre ont imposé la réintégration de nombre d’entre eux.

J’ai donc fait le choix de m’attarder sur cette période de notre histoire. siècle< -] _ Les interventions prononcées par mes prédécesseurs, Maryse Dumas (que je veux à nouveau excuser) pour les 70 ans et Alain Gautheron pour la célébration des 80 ans restent des références que je vous invite à lire et relire.
_ Un siècle d’histoire de la fédération c’est bien sur un nombre important de grandes luttes et de grandes grèves 1936, 1938, 1944, 1947, 1953, 1968, 74, 87, 95, 98 et bien sur toute l’année 2008 et cette année encore.
_ C’est aussi des milliers de luttes quotidiennes locales qui ont marqué notre profession.
_ [L’histoire de la fédération
de Georges Frischmann est une mine d’information il devrait être complété par le livre que prépare notre IHS. Sa publication devrait être un des grands moment du prochain congrès fédéral.
_ Nous avons d’ailleurs voulu faire revivre l’exposition réalisée à l’occasion des 70 ans et l’actualisée. Je vous invite si ce n’est déjà fait à la visiter.

_ Cette exposition structures< -] montre que tout au long des ces années, la fédération n’a eu de cesse de faire évoluer ses structures pour être en capacité de répondre aux attentes et aux besoins des salariés.
_ Oui sans rien renier, sans rien modifier de nos valeurs et de notre raison d’être notre histoire s’écrit à l’encre indélébile de la première fédération postale de 1909 en passant par 1919 pour la création de notre fédération actuelle et jusqu’à son appellation [FAPT
.
_ Ensemble nous sommes fiers de toute cette histoire. Permettez-moi de m’y attarder.

Il y a 100 ans en 1909, la 3ème République est installée, elle n’a rien de sociale.
_ Nous sommes loin de la révolution et loin de la commune de Paris. Le pays est dirigé par un gouvernement autoritaire, manœuvrier, briseur de grève.
_ Il n’hésite pas à appeler l’armée contre les grévistes, emprisonner les dirigeants de la jeune CGT.

_ Un gouvernement dirigé par Clémenceau qui commet sur le plan social, je cite Georges Frischmann « Les faits les plus odieux de la 1ère décennie du 20ème siècle ».
_ Les répressions durant les grèves de mars et mai 1909 font partie de ces faits les plus odieux.
_ Je le dis souvent on ne choisit pas l’époque dans laquelle on vit.
_ Si on peut avoir l’impression de vivre dans une période difficile, nos prédécesseurs en ont vécu d’autres avant nous.
_ Quoi qu’il en soit une chose est certaine : le combat de classe est toujours rude.

Pourquoi ces grèves ?
_ En 1909, c’est le moment de la seconde industrialisation, ce qui conduit dans les PTT à une augmentation très forte du trafic aussi bien postal que télégraphique ou téléphonique.
_ Mais le social ne suit pas, bien au contraire, traitements de misère, pas d’effectifs supplémentaires, des emplois précaires, des conditions de travail désastreuses dans des bâtiments vétustes, une charge insupportable pour les facteurs (une charge a été pesée à 79kg) et la « valse des receveurs et receveuses » soumis à des déplacements
continuels… le management de l’époque … et pas de droit syndical.

_ Mais malgré ces interdictions, le souffle revendicatif est là, et le personnel s’organise pour se défendre.
_ Les ouvriers des lignes et des installations sont organisés au sein d’un syndicat national. Il en est de même pour les sous-agents, excusez moi c’est ainsi que l’on appelait les facteurs. Les agents quant à eux, sont organisés au sein d’une association professionnelle régit par la loi de 1901.

_ De nombreuses actions ont lieu au début du siècle, souvent par catégorie ou service, en ordre dispersé.
_ Mais de plus en plus, la colère gronde contre la politique du gouvernement et l’idée de se rassembler murit.
_ Le 18 janvier 1909, l’association professionnelle des agents est reçue par le sous-secrétaire d’État des PTT, pour faire savoir que le personnel refuse la règle du tiercement : 1/3 au choix, 1/3 au demi-choix, 1/3 à l’ancienneté pour l’avancement d’échelon. Symian se fâche, entend maintenir sa décision.
_ Ce sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase ! La revendication de l’avancement, uniquement au choix pour tous, sera la revendication unificatrice pour les agents.

L’action s’engage.
_ Le 8 février les organisations de personnels, et pour la 1ère fois les femmes, participent à un mouvement de grève décidé au central téléphonique Wagram à Paris après la décision de l’administration de prolonger le service de quinze agents sans paiement des heures de nuit. Le central est occupé par l’armée. Des incidents violents ont lieu.

_ Le 12 mars les ambulants de Paris se mettent en grève pour leurs revendications et pour exprimer leur solidarité avec leurs camarades du central Wagram….
_ Le 13 mars le central télégraphique est à son tour occupé par l’armée, les sanctions pleuvent….
_ Les 2 premières dames des PTT sont arrêtées et révoquées pour fait de grève. Service par service la grève s’étend, en banlieue, en province dans certaines grandes villes avec une participation toujours plus forte des femmes.

_ C’est certainement aussi cet événement qui marquera à toujours la volonté de la fédération de permettre aux femmes de prendre toute leur place et d’accéder aux responsabilités, à toutes les responsabilités y compris celle de secrétaire générale.
_ Le 18 mars, le syndicat national des ouvriers adhérant à la CGT solidaire des grévistes appelle à la grève générale, c’est dans l’esprit de la Charte d’Amiens de 1906 !

_ Et voilà que se créé un comité de grève composé de militants de divers services. Un orateur à un meeting (bulletin des agents 1909 page 107) constate qu’ « il n’y a plus maintenant, ni agents, ni sous-agents, ni ouvriers, mais seulement une masse d’exploités qui se révoltent ».
_ C’est en germe la notion de « Fédération Postale ». La jeune CGT soutient cette grève, le journal de Jaurès, « l’Humanité » informe au jour le jour et l’appuie.

_ Le 22 mars, sournoisement Clémenceau déclare à une délégation : « vous pouvez dire à vos camarades de reprendre le travail, faîtes confiance au gouvernement, je ne veux pas vous faire mentir, vous aurez satisfaction sur tous les points…. »
_ Le 23 mars 1909, on vote. Une majorité accorde sa confiance à la délégation et scelle le pacte d’une Fédération de « tout le prolétariat postal, télégraphique et téléphonique »…
_ A partir de cette date, tracts et appels portent comme entête « la Fédération nationale des PTT ».

La Fédération nationale des PTT
_ C’est bien là que le 100ème anniversaire de la 1ère Fédération des PTT appelée couramment « Fédération postale » prend tout son sens.
_ Son origine se trouve bien dans une action de grève revendicative, rassembleuse, confrontée au pouvoir politique avec des promesses de résultats de celui-ci.

_ C’est seulement l’échec de la deuxième grève en mai 1909 ; Clémenceau n’ayant pas tenu ses promesses – échec avec 577 révoqués supplémentaires – qui retardera de quelques mois, en 1910, l’officialisation de la Fédération par un congrès, et sur sa lancée la création d’une « Fédération internationale des PTT » en 1911.
_ Notons toutefois qu’elle s’officialise sur une note positive puisque le gouvernement Clémenceau est renversé le 20 juillet, le tiercement pour l’avancement est abandonné, des réintégrations, sont prononcées.

_ C’est tout cela qui fait dire à Georges Frischmann « Une grève ne rapporte pas souvent dans l’immédiat. Mais sa répercussion est toujours notable à la longue »
_ Cette première fédération si elle n’adhère pas à la CGT, c’est pour des raisons juridiques plus que syndicales. Une organisation des postiers sur 3 n’est pas un syndicat reconnu par la loi de 1884, mais une association professionnelle, celle des agents, reconnue par la loi de 1901.

_ La loi ne l’autorise pas à s’affilier à une organisation représentative des syndicats !
_ Et on sait que la loi a une fâcheuse tendance à diminuer la liberté.

Remarquons enfin que cette première Fédération, et ce n’est pas la moindre de ses caractéristiques, voit donc le jour à partir de luttes professionnelles.
_ Quoi de plus neuf à proposer à la jeunesse de la branche Postale, de celle des télécoms, des centres d’appels, d’aujourd’hui pour mener nos combats ?
_ C’est avec cet espoir et cette confiance, que nous ont légué nos prédécesseurs que nous menons le combat aujourd’hui.

L’histoire ne se répète pas mais il y a toujours des similitudes.
_ J’ai mis l’accent tout à l’heure sur les conditions de vie et de travail en 1909.
_ Comment ne pas parler pour le moins de similitudes avec ce qui se passe à France Télécom.
_ Ces bouleversements, ses choix qui s’opèrent au mépris de l’humain, broient les femmes et les hommes. Cette situation, les personnels de 1909 ne l’ont pas accepté. Cent ans après nous ne l’acceptons pas plus et nous allons imposer que les choses changent.

_ Le PDG a dit que France Télécom ne serait plus la même fin décembre. _ Oui il faut que les choses changent en profondeur, pour de meilleures conditions de travail, pour redonner du sens au travail, à la solidarité…Il faut ré-humaniser France Télécom.
_ Il faut aussi en finir avec la précarisation de l’emploi, les bas salaires et les conditions de travail d’un autre siècle. C’est aussi ce qui est vécu dans les centres d’appels et là je pense aussi à ceux qui que l’on appelle externalisés et aux nombreux salariés qui sont en lutte dans cette période sur ces revendications.

_ Je vous invite à lire le dernier ouvrage titré « Des demoiselles du téléphone aux opérateurs des centres d’appels »
_ Vous l’avez noté sans doute aussi notre fédération depuis sa plus profonde histoire a toujours associé statut de l’entreprise et statut des salariés.
_ C’est encore ce ciment qui guide le combat d’aujourd’hui contre la privatisation de la Poste et pour le développement du service public.

_ Nos adversaires n’ont rien inventé, ils nous resservent les mêmes arguments, les mêmes mensonges. Nous leur opposons la même détermination.
_ La mobilisation des personnels et la convergence avec les usagers, les élus témoignent qu’il se passe quelque chose en profondeur.

_ Oui on peut et on va gagner.
_ Je peux vous assurer, que le conseil national qui se réunit aujourd’hui et demain montre que toute la fédération est engagée pour remporter cette victoire.

_ Nos valeurs de solidarité, de résistance, de progrès social depuis un siècle sont réelles et nous y sommes attachés.
_ Travaillons plus encore à les faire vivre dans les réalités de la Fédération des Activités Postales et des Télécommunications.
Alors chers camarades faisons de cette soirée un grand anniversaire.
_ Il donnera confiance en l’avenir. Et je ne faillirait pas à la tradition qui veut qu’à l’occasion de la célébration des anniversaires nous fassions référence à une citation chère à notre président de l’IHS, Serge Lottier, de Victor Hugo qui disait « les grands anniversaires préparent les grands évènements » . Tout le monde sait ici qu’il y en a qui se préparent. 100 après nous voulons vivre et écrire l’histoire au présent.
_ Vive notre fédération et longue vie à elle !
Et maintenant place à la fête.